L'univers pictural de Marie­ Anita Gaube se lit en parcours : les espaces s’y succèdent dans un théâtre délirant où les événements s'entrechoquent. La fête, l'enfance ou encore l'utopie sont des sujets récurrents dans l'œuvre de MAG, mais qui opèrent, en fait, plutôt comme des leitmotivs. Ce qui produit la richesse sémantique est ailleurs : la posture d'un corps, le mouvement d'une scène qui se déroule sous nos yeux, l'incertitude d'une situation, la discontinuité visuelle. Les images enchâssées créent l'étonnement, la stupéfaction, le mystère. Il nous faut évoquer ces corps dérangés, fragmentés ou encore transparents qui taraudent le désir tant ils ne se laissent saisir que par leur immatérialité. La multiplication des points de vue, ainsi que la présence de motifs parfois géométriques, entraînent une mise en espace mentale du tableau, à la fois spatiale et temporelle. Les éléments disposés au départ sont presque aussitôt pris dans la tourmente. Ils habitent petit à petit le théâtre de la toile, dialoguent avec l'histoire de la peinture. Les constructions de l'espace, les positions des corps, sont rarement orphelines. Elles reconfigurent adroitement des propositions de Duccio, Chirico, Bosch, Peter Doig, ou encore Daniel Richter. L'utilisation de la couleur est franche et libérée. Les touches semblent au premier regard hésitantes, voire hasardeuses, quand bien même elles sont placées avec tant d'insolence et de pertinence. En résulte une peinture construite et un travail foisonnant, une œuvre singulière en pleine exploration.
 
 
 
Texte d'exposition "nouvelles aires" - galerie Françoise Besson- 2015