I first saw Marie-Anita Gaube’s paintings two years ago. She was a student at the School of Fine Arts in Lyon and was working on a large format painting that I was only to see finished in a photograph and which has since been stolen.

 

The painting depicted a world of human and animal figures and plants of varying sizes, in a setting featuring a river flowing through meadows: a landscape whose horizon was delimited by a chain of mountains worthy of the Beatles’ Magical Mystery Tour.

 

I was intrigued by this painting, whose whimsical atmosphere reminded me of the playful spontaneity of English Pop Art, especially early David Hockney.

 

Seeing her subsequent work has only made me more deeply intrigued. 

This feeling is linked to the mysterious arrangements that give structure to the compositions, accompanied by titles that are no less enigmatic. It is hard to make out a subject. It seems that these paintings are like the life—or rather the lives—we lead, made up of instants whose meaning only becomes clear to us later, when the actions or projects that motivated us and blinded us have vanished. The fresh, sometimes acid colours contribute to this state of things, along with a representational freedom that seems to combine fragments of dreams and figures from reality. A t-shirt with a target on it becomes the central feature of a moonlit, dreamlike scene. Two headless bodies, one of which could be from a painting by Francis Bacon, face each other. A head in the form of a mask lies on the grass, and all is bathed in moonlight. The title of the work envisions dialogue, even if this dialogue remains wordless to us. It might be a peaceful nightmare, the harmony of certain colour shades and a few warmly lit cold colours creating a sense of the ambiguous sweetness of this world.

 

Paradoxically enough, the apparent spontaneity of certain paintings is the result of a long process of adjustment and superimposition. The colours are not laid down without remorse: they are contradicted by other hues that qualify what a distracted eye might see as mere expanses of solid colour. Like the red that Daniel Arasse glimpsed under Matisse’s blue, it might be the source of visual pleasure where painting, beyond one-sided determination, materialises in the subtlety of a colour scheme built up in successive stages. It’s the last brushstroke that matters, but it’s amplified by everything that came before. The substance of the paint is not uniform; instead we see varying thicknesses, as in Métamorphose, a work whose title seems to refer both to what is happening to the figures and to the way they are depicted on the canvas. Métamorphose also reminds me of a painting by Martial Raysse entitled Les Deux Poètes in which seated two figures face the viewer. The same frontality is at work in Maria-Anita Gaube’s painting, but in her work the figures remain uncertain, and only a few precise details—hands or a shoe—elliptically identify their presence. There’s also a kind of encryption of the scene, seen as a fact of painting rather than the encryption of a representation that depends on a story that must be discovered. 

 

And yet the viewer can be tempted to undertake an interpretative exercise, prompted by recognisable elements borrowed from other realities scattered across the paintings. The red chevrons in Diagnostique de la Mélancolie recall Frank Stella’s early work, and less obviously, the space located immediately above this reminiscence is somewhat evocative of Brice Marden’s fluid work of the last thirty years. Linking Stella—whose name also means star—, the chevrons, and the astronaut standing to the left of them might seem a bold move, even if it reflects the fact that Marie-Anita Gaube’s compositions can be seen as rebuses, or more fundamentally as repositories of clues based on which a meaning can be imagined and even reconstituted. The intrusion of emblematic elements from abstract art akin to minimalism shows that the artist’s visual culture allows her to work from various sources that she recombines as a painter, assimilating them into the world of her canvases. Here we have all the key elements of an approach which, beyond the artist’s current successes, promise a broad-ranging experimental territory for the future.

 

 

 

 


Marc Desgrandchamps

 

 

 

 

 

 

 J’ai découvert les peintures de Marie-Anita Gaube il y a deux ans. Elle était étudiante à l’école des beaux-arts de Lyon et travaillait sur un grand format que je n’ai pas vu achevé sinon en photo.

Il lui a été volé depuis.


Cette toile représentait tout un univers de figures humaines, animales, végétales, de dimensions variées, situées dans un site où l’on voyait une rivière s’écouler au milieu de prairies, en un paysage dont l’horizon était borné par une chaîne de montagnes dignes du Magical Mystery Tour des Beatles.


J’avais été intrigué par ce tableau dont la fantaisie me rappelait la spontanéité enjouée du Pop anglais, surtout celle de David Hockney à ses débuts.


Depuis ce sentiment d’intrigue n’a fait que s’approfondir au vu des toiles qui ont suivi. 


Il se lie aux agencements mystérieux qui structurent les compositions, accompagnées de titres tout aussi énigmatiques. Il est malaisé de distinguer un sujet. Il semble que ce soit comme la vie, où ces vies que nous menons et qui sont faites d’instants dont le sens ne nous apparaît que plus tard, quand se sont dissous les actions ou projets qui nous motivaient et aveuglaient à la fois. La fraîcheur des coloris, leur acidité parfois, participent de cet état des choses, en une liberté de représentation qui semble mêler fragments de rêve et figures issues du réel. Ainsi de ce t-shirt à cible qui devient l’élément central d’une scène lunaire à l’aspect onirique. Deux corps acéphales, dont l’un pourrait être issu d’un tableau de Francis Bacon, se font face. Une tête en forme de masque git sur l’herbe, le tout baigné dans une lumière nocturne. Le titre de l’œuvre envisage un dialogue, même si ce dialogue nous reste muet. Ce pourrait être un cauchemar paisible, car l’harmonie de certains camaïeux, quelques teintes froides illuminées de chaud, édifient l’ambigüe douceur de ce monde.


La spontanéité apparente de certaines toiles est paradoxalement le fruit d’un travail assez long, fait de reprises et superpositions. Les couleurs ne sont pas posées sans remords. Elles sont contredites par d’autres teintes qui viennent nuancer ce qu’un regard distrait pourrait envisager comme de simples aplats. Ce peut être, à l’image de ce rouge que Daniel Arasse devinait sous le bleu de Matisse, la source d’un plaisir visuel où la pratique picturale, au-delà de toute détermination univoque, se matérialise dans la subtilité d’un coloris élaboré au fur et à mesure, séance après séance. C’est bien le dernier coup de pinceau qui importe, mais amplifié par tout ce qui l’a précédé. La matière picturale n’est pas homogène, et elle se perçoit dans ses variations d’épaisseur, ainsi du tableau « Métamorphose » dont le titre semble désigner l’argument qui agit les figures aussi bien que la façon dont elles sont représentées sur la toile. « Métamorphose » me rappelle d’ailleurs une composition de Martial Raysse intitulée « les Deux Poètes » où deux personnages assis font face au spectateur. La même frontalité est à l’œuvre chez Marie-Anita Gaube, mais chez elle les figures demeurent incertaines et seuls quelques détails précis comme des mains ou une chaussure identifient leur présence de manière elliptique. Il existe aussi une forme de cryptage de la scène, vu comme un fait pictural plutôt que comme le cryptage d’une représentation dépendante d’une histoire qu’il faudrait dévoiler. 


Cependant le regardeur peut être tenté de se livrer à l’exercice d’interprétation, incité en cela par des éléments reconnaissables empruntés à d’autres  réalités, et qui viennent parsemer ces tableaux. Ainsi dans « Diagnostic de la mélancolie » des chevrons rouges rappellent les premières peintures de Frank Stella, et de façon moins flagrante l’espace situé immédiatement au dessus de cette remémoration n’est pas sans évoquer le Brice Marden fluide des 30 dernières années. Faire un lien entre Stella, nom propre qui signifie aussi étoile, les chevrons et l’astronaute qui se tient à leur gauche, peut paraître audacieux, même s’il témoigne du fait que les compositions de Marie-Anita Gaube peuvent s’envisager sous la forme de rébus, ou plus fondamentalement comme les reliquaires d’indices à partir desquels un sens pourrait s’imaginer et même se reconstituer. L’intrusion d’éléments emblématiques d’un art abstrait proche du minimalisme montre que la culture visuelle de l’artiste lui permet de travailler à partir de sources diverses qu’elle remixe picturalement en les assimilant à l’univers de ses tableaux. Il y a là tous les enjeux d’une démarche qui, au delà des réussites qui sont les siennes aujourd’hui, permet d’envisager un large territoire d’expérimentations à venir.


 

 

 

 

 Marc Desgrandchamps